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AVERTISSEMENT

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AZAZEL

Azazel et le bouc émissaire; représentation moderne tirée du Dictionnaire infernal de Collin de Plancy (Paris,1825)



Azazel apparaît dans la Bible (Ancien Testament - Le Lévitique 16) dans la description du rituel du Grand Jour des Expiations, le Yom Kippour.
« Aaron prendra ces deux boucs et les placera devant Yahvé à l’entrée de la tente de réunion. Il tirera les sorts pour les deux boucs, attribuant un sort à Yahvé et l’autre à Azazel. Aaron offrira le bouc sur lequel est tombé le sort « A Yahvé » et en fera un sacrifice pour le péché. Quant au bouc sur lequel est tombé le sort « A Azazel » on le placera vivant devant Yahvé pour faire sur lui le rite d’expiation, pour l’envoyer à Azazel dans le désert. » 3
« Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des enfants d’Israël, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes les fautes en un lieu aride. » 4
Cette tradition est à l’origine de l’expression Bouc émissaire.
Le Talmud, dans le traité Yoma 67b, identifie Azazel avec une falaise du haut de laquelle le bouc était précipité. Cette version est confirmée par le plus grand des commentateurs bibliques, Rashi qui affirme qu'Azazel signifie « falaise ». Abraham ibn Ezra pense que le terme désigne une montagne du Sinaï en particulier.wiki



Le bouc émissaire : une nécessité sociale.


Il en va de Kippour comme des autres fêtes et solennités juives. Les rites ponctuent la journée de Kippour. Un rituel, celui de la liturgie qui nous rappelle le culte sacrificiel et l’ordonnancement qui prévalaient à l’époque du Temple. Il n’est pas d’autres solennités durant lesquels on rappelle avec tant de minutie la façon qu’avait le Grand Prêtre d’agir. Il est cependant un rite qui a été abandonné sans qu’il ne soit même remplacé par quelque chose de semblable ou que notre liturgie ne vienne le mentionner : C’est celui du bouc émissaire. Ce rite trouve ses origines dans la Torah et fut maintenu jusqu’à la destruction du deuxième Temple de Jérusalem. Nos sages considèrent même qu’il s’agissait d’un Hoq, c’est à dire d’une loi immuable qui dépasse l’entendement humain. Et pourtant force est de constater que cette loi, loin d’être immuable a été abandonnée, et que l’homme a constamment cherché à la comprendre et à la reproduire sous d’autres formes.


Considérons les versets du Lévitique dans lesquels est évoqué le bouc émissaire. Dieu indique à Aaron le cérémonial qu’il devra respecter afin de pénétrer dans le Sanctuaire : « Il prendra deux boucs pour l’expiation. »1 « Aaron tirera au sort pour les deux boucs : un lot sera pour l’Eternel, un lot pour Azazel. Aaron devra offrir le bouc que le sort aura désigné pour l’Eternel, et le traiter comme expiatoire ; et le bouc que le sort aura désigné pour Azazel devra être placé, vivant, devant le Seigneur, pour servir à la propitiation, pour être envoyé à Azazel dans le désert. »2 Nous nous trouvons face à un rituel biblique qui apparaîtra, et je le conçois, d’une autre époque. Autant nombreuses sont les lois dans la Torah que nous respectons telles qu’elles nous ont été données, autant il serait inimaginable de chercher à appliquer la loi du bouc émissaire. Il convient cependant de comprendre ce texte biblique et le sens originel de cette pratique. Les deux boucs n’étaient pas prédestinés à servir ce rituel dans la mesure où ils étaient tirés au sort. Leur fonction consistait à expier les fautes des enfants d’Israël. Un bouc était consacré à l’Eternel et sacrifié ; l’autre, vivant, envoyé à Azazel. Qui était Azazel ou plutôt qu’est ce qu’était Azazel ? Nos Maîtres divergent dans l’exégèse de cette notion. Pour la plupart, Azazel était un lieu, un endroit particulier dans le désert qui formait une falaise rocailleuse. Pour d’autres Azazel était une personne ou plutôt une force surnaturelle en lutte avec Dieu, un personnage démoniaque. En envoyant les péchés à Azazel, celui-ci se trouvait apaisé et rassasié ! Il est intéressant, à cet égard, de noter que l’hébreu moderne conserve le souvenir de cet épisode. L’expression « lekh leazazel » signifiant « vas au diable » est tout à fait utilisée de nos jours. En tout état de cause on imagine aisément qu’une falaise rocailleuse en plein désert constituait un environnement pour le moins hostile et peu fréquenté. C’était donc la destination finale de ce bouc. Les Rabbins nous enseignent que cette loi trouva son apogée dans l’application lorsque le temple existait. Alors le jour de Kippour, et uniquement ce jour, le Grand Prêtre prenait un bouc, apposait ses mains sur sa tête et le chargeait des fautes des enfants d’Israël. Ensuite un fil de lin rouge était placé sur sa tête et celui-ci était envoyé dans le désert. L’on prenait soin de s’assurer qu’il ne pouvait revenir, d’où la présence du fil pour le distinguer des autres boucs, et s’il revenait il était tué. Alors le peuple trouvait l’expiation de ses fautes. Il reste toutefois une infime trace de ce rite à travers celui du « tashlikh. » C’est cette action qui consiste, l’après-midi de Rosh Hashanah, à se rendre près d’un cours d’eau en y jetant des miettes trouvées dans nos poches qui symbolisent nos fautes. Cette tradition mêle à la fois le rite du bouc émissaire et la parole de Michée : « Quel Dieu T’égale, Toi qui pardonnes les iniquités. Tu nous reprendras en pitié, Tu étoufferas nos fautes, Tu jetteras (tashlikh) tous nos péchés dans les profondeurs de la mer. »3


Cependant, si le cours d’eau est le réceptacle de nos fautes, personne a priori ne ressent de malaise à lui confier ses péchés. Il en est tout autrement pour le bouc, qui bien que n’étant pas un être humain, est une créature de Dieu. Naïvement nous pourrions nous demander ce que ce pauvre bouc avait bien pu commettre comme méfaits pour être ainsi traité. Mais précisément, et c’est là la particularité du bouc émissaire, il n’avait rien fait. Comment un bouc aurait-il pu fauter ? Le rite a disparu mais l’homme a trouvé une multitude de façons de le reproduire autrement sans obligatoirement le codifier.


Le bouc émissaire aujourd’hui est humain. La définition couramment employée est celle d’une personne qui est accusée à tort de la faute d’un autre. Il y a donc quelque chose de profondément injuste dans ce statut. Lorsque au jour de Kippour nous nous présentons devant Dieu pour demander l’expiation de nos péchés, nous ne songeons pas un instant à la possibilité de transférer ces fautes sur une tierce personne. Etre solidairement responsable ne signifie en rien se décharger ou diviser ses fautes sur la collectivité mais accepter ensemble notre statut commun de pécheurs. Celui qui commet un méfait en commet un autre plus grave encore en désignant un innocent comme étant responsable dudit méfait. Le bouc émissaire est l’incarnation de cette injustice qui reste insupportable tant que l’on est persuadé de sa culpabilité. Mais je resterais dans le ton de la naïveté en m’interrogeant : pourquoi designer comme coupable un innocent lorsqu’il « suffirait » de nier sa propre responsabilité ? Pourquoi reporter sa faute sur autrui sans apparente nécessité ?


Le bouc émissaire revêt une fonction sociale nécessaire : celle de régler les tensions qui ne permettent plus la cohabitation. La psychanalyse nous livre des clés pour mieux comprendre les enjeux nécessaires du bouc émissaire. Les conflits, les violences inévitables, qui surgissent dans n’importe quel groupe humain risquent de faire éclater ce groupe et donc de rendre impossible toute vie en société. En d’autres termes, le bouc émissaire permet de recréer l’unité du corps social. Les exemples sont flagrants de nos jours. L’antisémitisme n’en est-il pas l’expression la plus manifeste ? Chaque société a ses juifs, ses noirs, ses francs-maçons. Il est tellement plus simple et commode de stigmatiser un groupe pour créer un lien animé par la haine et la médisance. Le bouc émissaire est une victime sacrifiée sur l’autel de la paix social. Peu importe l’injustice tant que cela est pour le bien du plus grand nombre ! Il est des vérités qui dérangent alors on crée de toutes pièces une offrande humaine qui apaisera les uns et les autres même si l’on a conscience de ce fait. Le bouc émissaire devient dès lors la bonne conscience des misérables. A défaut de l’honneur, la tranquillité est sauve. Le Capitaine Dreyfus fut le bouc émissaire d’une France malade. Ceux, parmi les intellectuels, qui refusèrent ce sacrifice expiatoire, furent fustigés comme des ennemis de la Patrie. Ils venaient rompre une nouvelle unité. Le ton n’est pas à la polémique en ce soir de Kippour, mais chacun comprendra qui sont les nouveaux anti-dreyfusards. Ceux qui s’appuient sur une détresse réelle dont on grossirait encore le trait pour designer des responsables imaginaires qui justifient ce malheur. Le bouc émissaire a aussi cette fonction qui consiste à donner l’impression que l’on comprend le sens de toutes choses. Le « coupable » une fois désigné donne un sens, forcément erroné, à ce que l’on ne pouvait comprendre. Peu importe que cela apparaisse un peu grossier tant que l’on arrive à donner l’illusion que l’on donne un sens aux choses. Il ne reste plus qu’à créer alors une tumeur pour justifier qu’on la retire.


Le sens originel biblique du bouc émissaire est sans aucun doute l’exclusion de celui-ci. Tant que le bouc n’était pas allé à Azazel il représentait une menace dans la mesure où il rappelait les fautes commises. Le bouc une fois exclu n’avait plus aucune faculté de nuisance. Le statut du bouc émissaire est donc douloureux au moins en deux points. Le premier lorsqu’il est chargé d’une faute qu’il n’a pas commise, le deuxième lorsqu’il est exclu du groupe. Ainsi, à l’instar du bouc dans la Bible, peu importe qu’il vive ou qu’il meurt puisqu’il n’a plus d’existence sociale. Le plus grand danger pour la cohésion du groupe serait que l’on puisse démontrer qu’il n’est en rien coupable ou responsable de ce qu’on lui impute puisque cela placerait le groupe face à ses propres démons. Dans cette logique, peu importe la véracité des fautes imputées au bouc émissaire puisqu’il mérite ce sort. La victime est désignée en fonction de la haine que l’on nourrit à son endroit. « Si ce n’est lui, c’est donc son frère » puisque ce sont ses particularités qui lui valent l’opprobre de ses accusateurs.


Nous avons ouvert l’office de Kol Nidré en déclarant : « Anou matirin lehitpalel im ha’avaryanim », « Il nous est permis de prier avec les pécheurs. »4 Par cette déclaration nous disons refuser l’exclusion du pécheur. Nul n’est besoin d’en créer puisqu’il ne se trouvera pas exclu de la communauté. Kippour est ce moment durant lequel nous nous trouvons face à notre Créateur qui Lui seul connaît nos fautes. Le prix de notre réconciliation avec nous-mêmes et avec les autres n’est pas la désignation d’un bouc émissaire mais un examen scrupuleux de nos consciences. Il n’existe pas de fautes que nous puissions reporter sur quelqu’un d’autre. Notre responsabilité consiste à les reconnaître, à les assumer et à implorer le pardon divin et celui des hommes. Puisse l’Eternel nous garder de la médisance, celle que nous pourrions commettre comme celle qui nous atteindrait. Puissions-nous créer une communauté respectueuse des uns envers les autres, une communauté dont l’unité résiderait dans le service de Dieu, l’acceptation de l’autre et le pardon. Amen


Rabbin Gabriel FARHI

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