A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - R - S - T - U - V - W - Y - Z

AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

LE DON D'UN DEMI - SICLE

L'Adoration du Veau d'Or  -  Nicolas Poussin


En réalisant la faute du veau d'or, les enfants d'Israël portèrent atteinte à deux lois essentielles qui les liaient à D.ieu :


1.      Je suis l'Eternel ton D.ieu

2.      Tu n'auras pas d'autres D.ieu


L'Eternel enseigna alors à Moché que le don d'un demi-sicle pour la construction du michkan(tabernacle)  effacerait cette faute. Moché s'interrogea : comment le don d'un demi-sicle peut effacer une faute aussi grave ?

Le chékel a une valeur financière de vingt géras. Pour autant, la thora ne nous enjoint pas directement de donner dix géras (la moitié de vingt). Elle nous enseigne qu'un chékel complet vaut vingt géras, et qu'il faut en donner la moitié. Pourquoi la thora emploie-t-elle ce « détour arithmétique », pour nous faire connaître la somme à donner ?

De par lui-même, un juif n'est pas complet. Même s'il fait don à D.ieu de tout ce qu'il possède, il ne s'accomplira pas. Il ne peut se réaliser que lorsqu'il fait un avec l'Eternel.

En effet, D.ieu nous a doté de capacités intellectuelles et sentimentales. Leurs décomptes les portent à dix. C'est à travers elles que notre âme s'exprime. D.ieu aussi, se révèle à nous à travers un enchaînement de dix sphères célestes. Lorsque nous nous fondons à D.ieu, l'union porte à vingt la somme des capacités en jeu. C'est l'équivalent d'un chékel (vingt géras) qui s'est constitué. Un élément complet a été réalisé, la plénitude est alors atteinte.


En réalisant la faute du veau d'or, les enfants d'Israël plongèrent dans le péché. Pour autant, seules les dix capacités de leurs âmes furent souillées par cette faute, non l'essence de leurs âmes. En donnant le demi-sicle pour le tabernacle, les enfants d'Israël signifièrent à D.ieu leur volonté de s'unir de nouveau à Lui, à travers les dix aptitudes de leurs âmes. Ce don était donc la juste expression de leur repentir. C'est pourquoi le don d'un demi-sicle racheta leurs fautes. Ce que n'aurait pas exprimé le don d'un chékel entier. Lui qui a une valeur de vingt géras, et non de dix.

Issu d'un Discours du Rabbi de Loubavitch -




Le demi-sicle doit nous rappeler chaque année que si les hommes ont dansé devant le veau d'or, leurs femmes au contraire ont refusé toute participation à ce péché ! C'est donc la moitié seulement du couple qui a besoin de cette somme de rachat.

Or, dit le Talmud Yérouchalmic'est la moitié de la journée seulement qu'ils ont adoré le veau d'or c'est pourquoi le Saint béni soit-Il ne leur demanda comme rançon que la moitié du sicle. 





Le Yérouchalmi rapporte l'explication de Rabbi Méir:"Le Saint béni soit-Il fit sortir une pièce de feu d'en-dessous de son Trône et la montra à Moïse en disant:voici ce qu'ils donneront".
Car Moïse, expliquent les Tossaphistes commentant le traité Houlin, ne comprenait pas pourquoi il était ordonné d'en faire don"pour le rachat des âmes". Un homme n'offre-t'il pas tout ce qu'il possède pour sauver sa vie?
La Guemara définit une pièce de monnaie comme un moyen de paiement couramment accepté.Sa valeur est objective, unanimement reconnue.
Quant au feu, il s'élève par nature au point que, pour le maintenir ici-bas, il faut recourir à différents procédés techniques.

Enfin, le Trône celeste proclame l'Honneur de D.ieu. Cependant Kissé, le trône, est de la même étymologie que kissouï, le voile. Or ces deux idées paraissent évidemment contradictoires! Le Maguid de Mézeritch résout la contradiction:si la grandeur et la clarté célestes étaient pleinement visibles, les créatures ne pourraient le supporter.Un voile, qui n'est pas opaque, tempère donc Sa clarté, afin que ne soit dévoilée que la lumière pouvant être absorbée. Kissé peut aussi être décomposé en Kess Alef. Ainsi, l'Essence de D.ieu, Maître du monde à laquelle fait allusion cet Alef, se recouvre d'un voile, Kess: elle peut alors se révéler aux créatures et met en éveil deux sentiments opposés, l'extase et le désir de réintégrer la matière.

Ces deux sentiments sont comparables à la pièce et au feu.
L'extase est le sentiment éprouvé par ceux qui s'émerveillent d'être en présence du Divin. Elle évoque le feu qui s'élève. Il en est cependant différentes formes suivant les capacités intellectuelles et/ou émotionnelles de chacun.
Puis l'on réintègre la matière, car telle est la volonté de D.ieu Qui souhaita que lui soit bâtie une demeure ici-bas.Cette démarche qui s'accomplit en se soumettant à sa Volonté est identique pour tous.
Ainsi, enseigne le Rabbi, faut-il comprendre que la vision d'une pièce de feu répondait à la question posée par Moïse.

Les transgressions, même quand il s'agit de la faute du veau d'or, n'entachent que la part de l'âme révélée ici-bas. Son essence demeure en revanche inchangée:elle est cette pièce de feu qui établit le lien entre extase et retour, qui agit sur l'âme révélée ici-bas et assure son rachat.

loubavitch

LA NIDA

adam_et_eve
La tentation d'Adam et Eve par le serpent

                     La cathédrale Notre Dame de St Castor


La punition d'Eve

Selon une tradition rabbinique, la nida est un châtiment infligé aux femmes à cause de la faute d'Eve.  
L'argument des rabbins de l'époque talmudique est le suivant: Eve est responsable de la décision de Dieu de rendre l'homme mortel, puisque c'est elle qui l'a incité à manger le fruit défendu.  
Comme elle a provoqué la mort d'Adam, on considère qu'elle a versé son sang. C'est ainsi qu'elle est condamnée à la menstruation.


Avot selon Rabbi Nathan, version B, chapitre 9 
Pourquoi le commandement de la nida fut-il donné à la femme et non à l’homme ? Puisque le sang du premier homme était le sang de Dieu, et Eve le versa. C’est pour cela qu'on lui a donné le commandement de la nida, pour expier le sang qu’elle a versé.


Talmud de Jérusalem, Chabat, Chapitre 2, 5b (Halakha 6) 
Le premier homme [אדם] fit couler le sang du monde, comme il est dit "une exhalaison [אד] s’élevait de la terre" (Genèse 2, 6). Eve a provoqué sa mort, et c’est pour cela que l’on a donné le commandement de la nida à la femme.

Midrach Tan'houma, Parasah Noé, 1
Nos maîtres enseignèrent: Adam fut le commencement de la création du monde, et Eve est venue et elle a versé son sang, car il l'a écoutée et il est mort comme il est dit "tu retournes au sol puisque tu en fut tiré" (Genèse 3, 19). La Saint béni soit-Il dit que le sang de la menstruation lui soit donné afin que le sang qu'elle a versé soit expié"
akadem

La femme mariée est considérée comme rituellement (et non moralement ou physiquement) impure pendant la période de ses règles et cela implique une séparation physique temporaire du couple.

 Un Midrash  donne un éclairage intéressant sur la signification de l'impureté: à propos de la femme qui a donné naissance à un garçon, la Thora donne à la suite les deux lois suivantes: "Elle sera impure durant sept jours comme une femme Nida et, le huitième jour on circoncira son fils" et la Midrash insiste sur le fait que l'impureté dure sept jours, et que c'est le jour d'après, soit le huitième jour, que l'on circoncira l'enfant, et il dit à ce propos: "Si tu gardes consciencieusement les lois de Nida qui durent sept jours, je te donnerai un garçon et tu le circonciras le huitième jour".
            Selon la tradition, le chiffre 7 représente la Nature: en effet, D-ieu a créé l'univers en 7 jours. Le chiffre 8, lui, représente le dépassement de la Nature. C'est d'ailleurs la signification de la circoncision, cérémonie où l'homme se dépasse, car, pour obéir à D-ieu, il opère un nouveau-né.
            Ce Midrash, en outre, a lié l'impureté à la pureté en la présentant comme une préparation: Si tu as respecté les lois Nida (7 jours), tu recevras en cadeau un Mitzva, la circoncision (8e jour).
            Ce point-là est fondamental, car ceci nous explique que l 'impureté ne peut se comprendre isolée; c'est le processus du passage de l'état d'impureté à celui de pureté qui est important.
            C'est peut-être dans cette tension qui existe entre la Nature et son dépassement que se trouve l'essence des lois de pureté. En effet, on peut constater que l'impureté se trouve dans des états qui fondamentalement échappent au contrôle de l'homme.toraisrael

LE BUISSON ARDENT

Moïse devant le buisson ardent - Marc Chagall

Le buisson ardent
La première rencontre prophétique entre Dieu et Moïse se fera dans le désert du Sinaï. Là Dieu charge Moïse d'être son envoyé pour libérer Israël de l'esclavage. 
Le prophète avancera quelques arguments pour refuser ce rôle, mais il y sera contraint au final, aidé par son frère Aaron.


Exode chapitre 4
11 - L'Éternel lui répondit: "Qui a donné une bouche à l'homme ? Qui le fait muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle, si ce n'est moi, l'Éternel ?

Rachi (1040 – 1105)
Qui a placé une bouche:  qui t’a appris à parler quand tu es passé en jugement devant Pharaon à cause de l’Egyptien (que tu as tué) ?
Qui  rend muet:  qui a rendu "muet" Pharaon, l’empêchant de confirmer  ton exécution, "sourds" ses serviteurs, qui n’ont pas entendu l’ordre  te concernant, et "aveugles" les bourreaux, qui ne t’ont pas vu t’échapper de l'estrade d'exécution lors de ta fuite ?
N’est-ce pas moi: dont le nom est Hachem, qui a fait cela ?
akadem


Au buisson ardent Moïse refuse d’accomplir la volonté divine prétextant que le peuple n’aura pas foi dans ses propos.  Dieu considère, selon le midrash, cette réponse comme une médisance, alors que les enfants d’Israël sont des croyants fils de croyants.


Midrash Aggada (Ed. Buber) Exode chapitre 4 
Et eux ne croiront pas en moi : Le Saint, béni soit-Il, lui répondit : « qu’as-tu dans ta main ? ». Est-ce que le Saint, béni soit-Il, ne savait pas ce qu’il avait dans sa main ? Et de plus pourquoi le transforma-t-Il en serpent ? En fait le Saint, béni soit-Il, lui dit : « tu tiens dans ta main la conduite du serpent originel qui a médit et qui fut frappé de tsaraât [maladie de la peau qui touchait les médisants], de même toi car tu as dit « ils ne croiront pas en moi », alors qu’ils sont des croyants fils de croyants. Croyants car il est dit : « le peuple eut foi et ils écoutèrent etc. (verset 31) ; fils de croyants comme il est dit « il [Abraham] eut foi en l’Eternel etc. » (Gn XV, 6). Et du fait que tu as médit sur eux, tu seras frappé de tsaraât. akadem


Le buisson ardent est un petit arbuste, humble, épineux et typique du désert.
La présence de Dieu à cet endroit nous indique qu' "il n'y a pas de lieu dans le monde où Dieu ne soit présent, même là où il y a des buissons ou ronces " (Chemot Raba 2). Il n'y a pas d'endroit où il n'est pas possible de trouver Dieu.
Le buisson ardent contredit ouvertement les lois de la nature : en dépit du fait d'être un arbuste sec qui va se désintégrer rapidement au contact du feu, dans le cas présent, il brûle,mais il ne se consume pas.
Rabi Iosei a dit : "Pourquoi à partir de ronces ? Quand un homme met la main dans les ronces,il n'a absolument pas mal parce que les épines sont recourbées vers le bas. Mais s'il veut enlever sa main, celle-ci reste prisonnière des épines. De la même façon, les Israélites sont descendus en Egypte et ils y furent très bien reçus… Mais quand ils ont voulu sortir ils n'ont pas pu, on ne les a pas laissé faire…" (Mehilta de Rabbi Simon Bar Iohai)


La Rencontre de Moïse :
Moïse, qui rencontre D. au buisson, dit « buisson ardent. » Chez Moïse, le mouvement n’est pas philosophique, au sens grec du terme, mais existentiel. Moïse ne pense pas Dieu, il pense la souffrance des hommes.  Il constate l’oppression et arrive à la conclusion que dans tout rapport humain, même entre des esclaves, s’exprime un rapport de force, dominant – dominé. Dieu se révèle à Moïse dans ce buisson de feu qui ne se consume pas. Comprenons que la puissance de Dieu n’écrase pas l’homme. Le feu divin ne brûle pas le végétal, parce que Dieu retient sa puissance. La Loi est annoncée comme restriction de son propre désir d’Être. Toute puissance est une puissance de retenue et non d’imposition. La Loi sert à limiter la jouissance pour que l’autre soit aussi dans sa jouissance. Même l’amour appelle sa propre loi. Et Moïse deviendra l’homme de la Loi (Philippe Haddad)



Exode chapitre 3 
1- Or, Moïse faisait paître les brebis de Jéthro son beau-père, prêtre de Madian. Il avait conduit le bétail au fond du désert et était parvenu à la montagne divine, au mont Horeb.
2- Un ange du Seigneur lui apparut dans un jet de flamme au milieu d'un buisson. Il remarqua que le buisson était en feu et cependant ne se consumait point.
3- Moïse se dit: "Je veux m'approcher, je veux examiner ce grand phénomène: pourquoi le buisson ne se consume pas ? »
4- L'Éternel vit qu'il s'approchait pour regarder;  alors Dieu l'appela du sein du buisson, disant: "Moïse! Moïse!" Et il répondit: "Me voici."

Abraham ibn Ezra (Tudèle 1089 – Londres ( ?) 1164) 
Ce grand prodige : c’est le premier signe mentionné dans la Torah que Dieu fit à son prophète Moïse. C’est pourquoi Il lui dit : « ce sera pour toi un signe que Je t’ai envoyé » (Exode III, 12).
Et ceci constitue un bon signe, car l’ennemi est comparé au feu et Israël au buisson c’est pourquoi il ne se consume pas.

TOV MEOD

Penck

         Penck - levidepoches




TOV MÉOD

Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour.
Vayar Elokim et kol acher assa vehiné tov meod vayéhi erèv vayéhi bokèr yom hachichi (Genèse 1.31).

C'est seulement au sixième jour, lorsque l'homme a été créé, qu'apparait le mot "MEOD", pour tous les autres jours, la Torah utilise simplement le mot "TOV". Pourquoi trouve-t-on ici "TOV MEOD"?
Na'hmanide, el Grand Sage et Cabaliste du XIII è siècle, né à Gérone, en Espagne et mieux connu sous le nom de Ramban, nous explique dans ses commentaires que MEOD implique l'aparition du Yetzèr Hara.
Nous savons d'après les explications que nous fournit le Ram'hal (Rabénou Moché 'Haim Luzzato) dans ses oeuvres, que dans ce monde, le Bien absolu n'existe pas sans la participation de l'homme. 

Pour que le bien (tov) se tranforme en "très bien ou très bon" (Tov Méod), il est nécéssaire de créer l'occasion de vaincre un obstacle, cet obstacle n'est pas un mal en soi sinon une certaine mesure d'absence de bien. Si l'homme avait été capable de remplir ce petit espace de bien à l'aide de sa propre volonté, la Création serait complète et son objectif accompli.
C'est du moins la possibilité qu'a eue Adam Harichone......


Nous en connaissons tous la suite de l'histoire, l'espace d'absence de bien s'est étendu et par conséquent le monde s'est transformé, l'homme a été finalement expulsé du Gan Eden.
La Guématria de  MEOD équivaut à 45, ce mot apparait au total dans la Torah 70 fois. Le nom ADAM a exactement la même valeur numérique de 45, ces deux mots se composent aussi des mêmes lettres (Mèm-Alef-Dalèt), ce qui pourrait laisser indiquer qu'il existe en l'homme la possibilité et le potentiel d'être comme Adam ou bien être prisonnier du Yetzèr Hara.


Le nombre 70 possède plusieurs significations très intéressantes, les mots YAYIN (Youd-Youd-Noun) (vin), SOD (Same'h-Vav-Dalèth) (secret) et KEN (Kaf-Noun) équivalent tous à 70.
YAYIN représente la sagesse, ceux qui le savent disent que l'age de la sagesse (celui du Retour ou Téchouva) commence à 70 ans. (Pirkei Avot 5:25).
SOD qui veut dire secret, peut sous entendre qu'en arrivant à cet age les secrets de la vie et du Olam Ha-ba commencent à être révélés à ceux dont le coeur est prêt.
KEN, c'est un fait immutable, quelque chose qui ne sera pas changé.

On peut tout résumer de la manière suivante:


Pendant 70 ans l' homme devra cohabiter avec en son sein avec le Yetzèr Hara, en surmontant les dures épreuves auxquelles il sera soumis, il obtiendra la sagesse et son coeur sera prêt à recevoir les secrets de la vie éternelle , c'est un fait qui ne pourra être changé (Vayéhi Ken), "et il en sera ainsi". 



techouvot


« Alors que l’œuvre des jours précédents est jugée bonne, celle du dernier jour de la création est qualifiée de tov meod (“très bonne”). 

L’excellence de l’œuvre n’apparaît en effet que lorsqu’elle est finie et achevée, tandis que ses parties, considérées isolément, peuvent sembler n’être relativement bonnes, en raison même de leur caractère d’ouvrage partiel et imparfait. Mais il résulte également de ce fait que la connaissance juste suppose une vue d’ensemble de l’objet et de ses attributs. Les hommes ont souvent tendance à rechercher la spécialisation et à étudier les êtres et les objets par “pièces détachées”.

Or, en se livrant au morcellement des connaissances, à la fragmentation de la science en tranches que chacun se partage, à l’excessive utilisation de l’esprit d’analyse, on fait perdre à l’homme la vision de l’ensemble. “On n’a donc que des morceaux d’être à la main, desquels la vie est chassée; le feu sacré, l’esprit vital est retiré” (Goethe). C’est dans la mesure où ils ont su dépasser les conceptions fragmentaires qui divisent l’univers en un monde organique et un monde anorganique en une série d’autres disciplines que les penseurs et les savants, en considérant le monde comme un tout harmonieux, ont été capables de reconnaître l’âme vivante qui anime toutes les parties de l’univers.


C’est ici, d’autre part, tout à la fin de l’œuvre de la création, que nos Sages du Midrach font mention, pour la première fois, de la présence du mal dans cette œuvre. Certes, en considérant les œuvres de la création dans leur secteur limité, on peut penser qu’elles ne méritent pas l’épithète de “très bien” en raison des vices et des imperfections qu’elles comprennent. Mais, vue dans son ensemble, la création apparaît dans toute son excellence et les diverses formes du mal gagnent, dans la perspective du cadre général, leur véritable signification. Elles contribuent, en effet, de même que les facteurs des passions humaines et des forces élémentaires de la nature, et dans la mesure où elles obéissent à la discipline commune, au salut général. Leur présence est aussi nécessaire à l’harmonie de la création que l’alliage naturel l’est à la solidité d’un minéral. C’est dans ce sens que R. Meïr dira que “très bien, comprend même la mort” tandis que d’autres Maîtres viendront ajouter le penchant du mal, l’enfer, etc. (Gen. Raba c. 9) (cf. Na’hmanide ; Guide des Egarés III, 10).

Moralement et physiquement, l’homme dispose d’une matière qui n’est pas la meilleure possible, mais la seule bonne. Cette matière, malgré ses vices évidents, correspond en réalité au plan divin, consciemment et librement exécuté. Et l’on peut prétendre que si Dieu n’était pas sûr que la création, telle qu’elle est sortie de ses mains, était seule capable de réaliser le but assigné, il l’aurait façonnée d’une manière différente. Donc, telle qu’elle se présente, elle doit être capable de parvenir au terme de sa perfection et doit contenir, dans sa constitution intrinsèque, tous les éléments qui y contribueront. A l’homme de les déterminer, de les dégager, de les mettre en activité et de parachever ainsi l’œuvre des six jours. »

(Rabbin Elie MUNK, La voix de la Thora , vol. I, p.15).



Dans le récit de la création le sixième jour est considéré comme très bon, excessivement bon, à la différence des autres jours qui sont simplement bons.
Tov Méod en hébreu, Tov : bon, beau et Méod : très, fort, excessivement . Signalons au passage que Méod écrit des trois lettres Mem, Aleph et Dalet, est l’anagramme de Adam écrit Aleph, Dalet et Mem.
L’homme doit émerger à la conscience de sa personne, en découvrant en lui l’image divine, Le Adam du jour le sixième doit encore libérer son énergie. Ce n’est qu’au jour le septième que D. le lui accordera, en se retirant, pour lui permettre un devenir, afin qu’il fasse grandir en lui le noyau divin.
Ceci adviendra « Au jour le septième », « Hach-chevî-î », jour où D. se retire, le Shabbat.

VILLES DE REFUGE

Pierre Ostiguy - granby




Protéger le meurtrier involontaire 

La Bible reconnaît qu’un meurtre peut  être commis de manière involontaire. 
Pour éviter la vendetta et la vengeance personnelle, la Torah propose six villes de refuge pour ce type de meurtrier. 


Nombres chapitre 35 
9- L'Éternel parla à Moïse en ces termes :
10- "Parle aux enfants d'Israël, et dis-leur : Comme vous allez passer le Jourdain pour gagner le pays de Canaan,
11- vous choisirez des villes propres à vous servir de cités d'asile: là se réfugiera le meurtrier, homicide par imprudence.
12- Ces villes serviront, chez vous, d'asile contre le vengeur du sang, afin que le meurtrier ne meure point avant d'avoir comparu devant l'assemblée pour être jugé.
13- Quant aux villes à donner, vous aurez six villes de refuge.
14- Vous accorderez trois de ces villes en deçà du Jourdain, et les trois autres dans le pays de Canaan; elles seront villes de refuge.
15- Pour les enfants d'Israël comme pour l'étranger et le domicilié parmi eux, ces six villes serviront d'asile, où pourra se réfugier quiconque a tué une personne involontairement.
16- Que s'il l'a frappée avec un instrument de fer et qu'elle en soit morte, c'est un assassin; l'assassin doit être mis à mort.
17- Si, s'armant d'une pierre qui peut donner la mort, il a porté un coup mortel, c'est un assassin; l'assassin doit être mis à mort.
18- Pareillement, si, armé d'un objet en bois pouvant donner la mort, il a porté un coup mortel, c'est un assassin; l'assassin doit être mis à mort.
19- C'est le vengeur du sang qui fera mourir l'assassin; s'il le rencontre, qu'il le fasse mourir.
20- Si quelqu'un heurte un autre par haine ou lui lance quelque chose avec préméditation, et qu'il en meure;
21- ou si, par inimitié, il lui porte un coup avec la main et qu'il meure, l'homicide doit être mis à mort, c'est un assassin; le vengeur du sang devra le tuer sitôt qu'il le rencontre.
22- Mais s'il l'a heurté fortuitement, sans hostilité, ou s'il a jeté quelque objet sur lui sans dessein de l'atteindre;
23- si encore, tenant une pierre qui peut donner la mort, il la fait tomber sur quelqu'un qu'il n'avait pas vu et le fait mourir, sans d'ailleurs être son ennemi ni lui vouloir du mal,
24- l'assemblée sera juge entre l'homicide et le vengeur du sang, en s'inspirant de ces règles.
25- Et cette assemblée soustraira le meurtrier à l'action du vengeur du sang, et elle le fera reconduire à la ville de refuge où il s'était retiré;et il y demeurera jusqu'à la mort du grand-pontife, qu'on aura oint de l'huile sacrée

.
D apres un discours du Rabbi de Loubavitch
fr.chabad


Ces « villes de refuge » (ערי מקלט) dans lesquelles étaient exilés les meurtriers involontaires qui, d’une part, étaient ainsi protégés des vengeurs et, d’autre part, expiaient leur faute par cet exil. Ces villes étaient au nombre de six et, selon la Torah, « Lorsque D.ieu élargira tes frontières, tu rajouteras trois nouvelles villes » (Choftim 19, 8-9.) Le Rambam enseigne que ce verset du Pentateuque atteste de l’ère messianique, car « l’élargissement des frontières » qu’il mentionne n’a jamais eu lieu et il est évident que D.ieu n’a pas donné cet ordre en vain.(Lois relatives aux rois, ch. 11 § 5)



ll a été expliqué, par ailleurs, que le fait que la promesse messianique soit un paramètre d’un Commandement de la Torah confère à la Délivrance le caractère obligatoire et immuable des Commandements.( Chabbat 129b)
Nous nous trouvons face à un paradoxe d’un côté, l’avènement messianique est garanti par la Torah, car il est un élément du Commandement des villes de refuge qui, comme le reste de la Torah « ne subira ni transformation, ni retranchement, ni rajouts », et d’un autre côté, cela s’exprime précisément par le rajout de trois nouvelles villes de refuge !
Il n’y a cependant pas de contradiction à cela, car il ne s’agit pas de rajouter quoi que ce soit à la Torah, mais d’un ajout à l’intérieur du cadre de la Torah. Celle-ci, considérant différemment les deux époques que sont la période actuelle et l’ère messianique, leur attribue des lois différentes : six villes de refuge actuellement, neuf pour l’ère messianique.

Le sujet des villes de refuge est globalement lié à la notion de réparation des fautes. En effet, toute personne qui commet une faute est considérée comme ayant, envers elle-même, « versé le sang de l’homme ». En effet, en fautant, elle a détourné la vitalité divine qui était destinée aux choses saintes vers les forces du mal. Cette personne est néanmoins considérée comme « meurtrier involontaire », car sa volonté véritable est d’accomplir la volonté de son Créateur et sa faute est seulement due au fait que son mauvais penchant l’a vaincu. La réparation à cela passe par le sujet des « villes de refuge » qui, spirituellement, correspondent à l’étude de la Torah. En effet, la Torah « intègre » l’homme en elle, le sauvant du « vengeur du sang », le Satan, et apportant expiation et réparation à sa faute.

C’est ainsi qu’il faut considérer la différence entre les villes de refuge de notre temps et celles de l’ère messianique. De nos jours, le pendant spirituel des « villes de refuges » est l’étude de la partie dévoilée de la Torah. C’est ce à quoi le nombre de six villes fait allusion : les six ordres de la Michna, qui incluent les lois relatives aux choses permises et interdites, à la pureté et à l’impureté, etc., par lesquelles le raffinement du monde s’opère. Dans les temps futurs, cependant, il y aura une autre sorte de « villes de refuge », conformément au niveau de spiritualité qui marquera cette période. Bien qu’aucun mal ne sera plus perpétré dans le monde dans les temps messianiques, l’existence même du mal demeurera dans la première partie de cette période, avant que ne s’accomplisse totalement la prophétie « Je ferais disparaître l’esprit d’impureté de la terre ». Il y aura donc encore la nécessité d’une étude de la Torah qui garantisse que ce mal ne se concrétisera jamais, une étude d’un niveau plus élevé qu’auparavant : celle de la partie profonde de la Torah. C’est ce à quoi les « trois villes supplémentaires » font allusion : la Torah étant en effet une « Torah triple » (Pentateuque – Prophètes – Hagiographes), l’ajout de trois villes représente un changement qui affectera l’ensemble de la Torah, à savoir la révélation de sa partie profonde.

Une autre allusion à cela est le fait que les trois villes qui s'ajouteront aux temps messianiques sont les villes du Kini, du Knizi et du Kadmoni, qui furent promises à Avraham et qui n'ont jamais été conquises. Or, la ‘Hassidout enseigne que les terres des sept peuples canaanites qui ont déjà été conquises (celles que nous possédons aujourd’hui) représentent les sept attributs émotionnels (Midoth), alors que les trois villes qui s’y ajouteront dans l’avenir (KiniKnizi et Kadmoni) représentent les forces intellectuelles (‘Habad – sagesse, compréhension, connaissance). La raison en est que, actuellement, l’essentiel du service divin réside dans le raffinement du caractère (בירור המידות) alors que, dans les temps futurs, le travail sera de raffiner l’intellect lui-même, ce qui ne sera possible que lorsque se dévoilera la « nouvelle Torah qui sortira de Moi »

Telle est également la raison de l’ajout des trois villes de refuge, qui représentent les secrets cachés de la Torah. Le « meurtrier », comme nous l’avons dit, symbolise l’ensemble des sujets négatifs, dont la lumière divine n’est accessible qu’à travers leur négation. La résidence du meurtrier dans une ville de refuge représente donc la jonction de deux opposés : les sujets élevés qui ne peuvent normalement être captés qu’à travers une « compréhension négative », sont ici intégrés à l’intérieur, grâce à l’étude de la « nouvelle Torah qui sortira de Moi ».

Le Nazir

Gravure Gustave Doré la Bible Ancien Testament Samson et Dalila
Samson et Dalila
                                                                      Gustave Doré


Le Nazir se retire de la société en appliquant certaines  règles afin de se rapprocher de Dieu.



La Torah ne prône pas l’ascétisme ou l’abstinence. Si un homme ou une femme désire  néanmoins s’imposer quelques restrictions, la Torah propose la législation du nazir qui consiste en trois interdits :
interdictions de 
boire du vin, de se couper les cheveux et d’entrer en contact avec un cadavre



La Torah insiste sur le fait que cet engagement ne peut être que provisoire.


Il dure normalement trente jours (Michna Nazir 1, 3), et celui qui a fait vœu d’abstinence est tenu, à la fin du temps imparti, d’apporter un sacrifice expiatoire, et ce pour avoir « péché contre son âme » (Bamidbar 6, 11). En effet,il a eu le tort de rejeter les biens terrestres que Dieu lui a accordés et dont il aurait profité s’il n’avait pas prononcé son engagement. Il ne faut pas se mortifier inutilement 

Dans la Bible, les deux figures représentatives du nazirat, sont Samson et Samuel.



Samson,a été un « nazir perpétuel » dès le ventre de sa mère.
L’état de nazir ne s’impose normalement qu’à celui qui a fait vœu de le devenir, et il n’entraîne aucun effet sur sa famille. Dans le cas de Samson, au contraire, sa mère a reçu l’ordre de s’abstenir, avant même la conception de son fils, de tout vin et de toute boisson forte, ainsi que de tout aliment impur .



Face à l'ivresse du monde, il est parfois nécessaire de mettre des barrières. Mais les barrières n'ont jamais représentées l'idéal, elles rappellent au contraire notre état de faiblesse, notre dépendance face à nos propres failles psychologiques, morales et spirituelles.



C'est pourquoi la Torah considère la surenchère rituelle ou l'excès religieux comme un choix laissé à la liberté de chacun, jamais comme un horizon à atteindre.



Le nazir peut se priver de vin, de coiffeur et de cimetière, mais il devra apporter un sacrifice de culpabilité (acham nazir) à la fin de sa période d'abstinence. Motif ? Il s'est interdit ce que l'Éternel avait autorisé, le vin.



Le jour du kippour l'officiant dit "ce que Tu as interdit, nous l'avons autorisé (et c'est pourquoi nous te demandons pardon) et ce que tu as permis nous l'avons interdit (et pour cela aussi nous te demandons pardon)". La transgression est aussi condamnable que le refus de jouissance !



Le Rav Haïm Falagi commentant les Pirkey Avoth dit en substance à propos de la formule lo am aarets hassid, traduit généralement par l'ignorant ne peut être religieux : "l'ignorant ne doit pas faire le religieux" - Molière aurait dit la tartuffe.



C'est le travail intérieur qui possède une véritable valeur au plan de la spiritualité, tout l'accoutrement extérieur n'est qu'une barrière révélant d'avantages de faiblesses que de grandeur. Seule la voie moyenne sans extrémisme peut nous mener à la lumière divine.alliancefr



Les Nombres chapitre 6,
1) L'Éternel parla ainsi à Moïse:
2) "Parle aux enfants d'Israël et dis-leur: Si un homme ou une femme fait expressément vœu d'être abstème, voulant s'abstenir en l'honneur de l'Éternel,
3) il s'abstiendra de vin et de boisson enivrante, ne boira ni vinaigre de vin, ni vinaigre de liqueur, ni une infusion quelconque de raisins, et ne mangera point de raisins frais ni secs.
4) Tout le temps de son abstinence, il ne mangera d'aucun produit de la vigne, depuis les pépins jusqu'à l'enveloppe.
5) Tout le temps stipulé pour son abstinence, le rasoir ne doit pas effleurer sa tête: jusqu'au terme des jours où il veut s'abstenir pour l'Éternel, il doit rester sain, laisser croître librement la chevelure de sa tête.
6) Tout le temps de cette abstinence en l'honneur de l'Éternel, il ne doit pas approcher d'un corps mort;
7) pour son père et sa mère, pour son frère et sa sœur, pour ceux-là même il ne se souillera point à leur mort, car l'auréole de son Dieu est sur sa tête.
8) Tant qu'il portera cette auréole, il est consacré au Seigneur.

SAMBATYON

habayitah


Il y a plus de 2 700 ans, le Royaume d’Israël implosait et ses dix tribus étaient disséminées, selon le Talmud, au-delà du mystérieux fleuve Sambatyon . Cet événement a profondément marqué l'inconscient collectif des juifs, faisant naître regrets, espoirs


SAMBATYON

Les tribus du royaume d’Israël ont été exilées en –722 par Nabukhanetsar et ont disparu, vers l’Est, au delà d’une rivière mystérieuse appelée Sambatyon, selon la légende. Selon les prophéties d’Isaïe, de Jérémie et d’Ezéchiel, ces tribus éparpillées dans le monde se rassembleront en prévision de la venue du Messie.

Fortement enracinée dans l’inconscient juif, cette croyance a suscité des volontés de recherche de ces tribus tout au long de l’exil qui a duré 27 siècles, et encore aujourd'hui ! Ces recherches se sont accélérées au 18/19ème siècle sous l’impulsion de missionnaires chrétiens qui cherchaient à convertir ces âmes éparses déjà monothéistes. Curieusement c’est grâce souvent au travail des missionnaires chrétiens que ces « restes d’Israël » ont recouvré leur judéité et leurs liens avec les autres juifs du monde. Sambatyon est mentionnée dans la Tradition par l’exégèse du Targoum pseudo Jonathan Exode 34/10 : « Je les prendrai d’ici et je les placerai de l’autre côté de la rivière Sambatyon ».
Selon  le midrash (enseignement), les tribus ont été exilées trois fois : une fois de l’autre côté du Sambatyon, une fois à Dafné d’Antioche et une dernière fois « quand le nuage divin descendit au-dessus d’eux et les couvrit » Ce sont les trois exils successifs recensés dans l'histoire.
Dans Sanhedrin 65b, le Talmud décrit le fonctionnement de cette rivière. « On ne peut la traverser les jours ordinaires car elle coule en torrent charriant des blocs de pierre avec une grande force. On ne peut la traverser quand elle est calme le shabat, jour sacré »
Nahmanide donne une définition du nom du fleuve Gozan, assimilé au Sambatyon (IRois 17/6), « déplacé du reste du peuple ». Gozan serait une rivière du Nord de la Syrie ou le fleuve Indus. Le mot Sambatyon viendrait de "shabat", jour de repos pour la rivière et pour les hommes.Pline l’Ancien, historien du début de l’ère courante a décrit cette rivière dans son Histoire Naturelle. La rivière coule en torrent pendant 6 jours et se calme le 7ème empêchant ainsi les tribus juives de revenir de leur exil.
Dans son livre "la guerre des Juifs", Flavius Josephe, un autre historien de l’époque, propose un fonctionnement inverse. « Cette rivière est un lit sec pendant 6 jours, puis elle se déchaîne le 7ème jour, et ceci avec une grande régularité, c’est pourquoi elle est appelée la rivière du shabat ou Sambatyon ».
Pour le voyageur Eldad Ha Dani (9ème siècle) qui partit à leur recherche, les tribus de Naftali,  Gad,  Asher et Dan vivent en Afrique Orientale, dans une région riche et ils sont constamment en guerre avec leurs voisins. Ils sont séparés de leurs frères, enfants de Moïse, par une seule rivière, le Sambatyon.
Il décrit celle-ci de la manière suivante : « Les enfants de Moïse sont entourés par une rivière de roches qui ressemble à une forteresse ne contenant pas d’eau mais du sable et des pierres qui roulent avec une grande force. Cette force est telle que si elle rencontrait une montagne de fer elle la réduirait en poudre sans difficulté. Au coucher du soleil le vendredi un nuage entoure la rivière de façon que personne ne puisse la traverser. A la fin du shabat, la rivière reprend son cours normal de torrent. Sa largeur est de 100m, mais à certains endroits, elle n’est que de 60 m. A ces endroits, on peut parler aux enfants de Moïse, mais sans que personne ne puisse traverser ! »


Le Sambatyon serait donc une séparation ou un obstacle empêchant les tribus exilées d'Israël de revenir de leur exil. Barrière physique ou psychique, ou simplement celle de l'oubli. Il resterait néanmoins une fenêtre d'opportunité de retour, celle des temps messianiques.

Le Talmud nous rapporte à ce propos qu'un jour le gouverneur romain Turnus Rufus demanda à Rabbi Akiba : "Qui peut affirmer que c'est aujourd'hui le jour du Chabbat ?" Celui-ci lui répondit : "Le fleuve Sambatyon le prouve" qui s'arrête de couler ce jour-là (Sanhédrin 65b). Le ton est le même dans le Midrach (Beréchit Rabba 73,6) : "Les Dix Tribus n'ont pas été exilées au même endroit que les tribus de Juda et Binyamin ; les premières ont été déportées au-delà de la rivière du Sambatyon" et la traversée du fleuve est rendue impossible par un jet de pierres permanent qui ne s'apaise que le Chabbat.

MAHLOQUET


                                                                le-sous-sol




Marc-Alain Ouaknin,
Le Livre brûlé,philosophie du Talmud


La Mahloquèt talmudique sera "dialectique transcendante", car l'Autre-homme du dialogue n'est pas un effet de style ; l'interlocuteur n'a pas pour rôle de mettre en valeur celui qui parle. La Mahloquèt, premier principe de dialogue du Talmud, est liée fondamentalement à une certaine conception de l'herméneutique et de la vérité. 


Le fait qu'un même texte puisse offrir d'innombrables interprétations implique qu'il n'y a pas d'interprétation «juste ». Ce qui conduit en fait à sortir de la logique binaire du vrai et du faux (de la logique grecque), pour entrer dans ce que nous appellerons la « logique du sens ».
Comme le formule très bien Nietzsche : « Il existe toutes sortes d'yeux... aussi, il y a en conséquence toutes sortes de vérités, et en conséquence, il n'y a aucune vérité. » Pour entrer véritablement dans la pensée talmudique, il faut, chaque fois qu'est affirmée une certitude, chercher l'affirmation opposée avec laquelle cette certitude est en rapport. La pensée talmudique, ainsi, ne cesse de s'opposer, sans jamais se contenter d'elle-même, sans jamais, non plus, se satisfaire de cette opposition.

A cette forme de pensée correspond une parole dont la modalité maintient l'exigence dynamique. Il s'agit, à nos yeux, de la « parole questionnante », de la question.
« La question est mouvement. Dans la simple structure grammaticale de l'interrogation, nous sentons déjà cette ouverture de la parole interrogeante ; il y a demande d'autre chose ; incomplète, la parole qui questionne affirme qu'elle n'est qu'une partie. La question est donc essentiellement partielle, elle est le lieu où la parole se donne toujours inachevée...

La question, si elle est parole inachevée, prend appui sur l'inachèvement. Elle n'est pas incomplète en tant que question, elle est au contraire la parole que le fait de se déclarer incomplète accomplit. La question replace dans le vide l'affirmation pleine, elle l'enrichit de ce vide préalable. Par la question, nous nous donnons la chose et nous nous donnons le vide qui nous permet de ne pas l'avoir encore ou de l'avoir comme désir de la pensée. »

La pensée talmudique est une pensée de la question, et ce n'est certainement pas par hasard si le premier mot du Talmud est justement une question :Méématai : «A partir de quand ? »


Rabbi Nahman de Braslav explique que l'espace interrelationnel de la Mahloquèt procède du Hallalhapanoui, nécessaire à la création. Dieu se retire; il laisse un « espace vide » (Hallal hapanoui) qui est essentiellement le lieu originaire de toutes les questions, car il comprend en lui-même la question des questions : l'Énigme! 
En effet : Dieu se retire : il est donc absent ! Mais peut-il exister quelque chose coupée de la vitalité que lui insuffle le divin ? Non! Dieu est donc présent. Yéch-vé-ayi»,« Être et néant » coexistent dans un même temps.  Lorsque deux Maîtres discutent ensemble, la relation procède de ce paradoxe, c'est ce qu'on appelle la Bina.  Il ne s'agit pas de qualité ou de capacité intellectuelles, mais d'une attitude relationnelle, de dialogue, qu'il faut maintenir.

Meemataï

 
    Le premier mot du talmud 
    est une question sur le temps : 
    Meemataï?  "à partir de quand?"


La question est la suivante : A partir de quand dit-on la prière [lit-on le chema] du soir? C'est la première michna



 L Le début du Traité Ta’anit (1-2) nous montre bien que selon les maîtres  talmudistes la Michna est très organisée et l’ordre dans lequel sont les phrases a un sens : ce qui est avant doit être avant et ce qui est après doit être après et donc ne peut être posé que si ce qui précède a précédemment été élucidé et confirmé.
Dans cet édifice la question « A partir de quand » incite dès le premier traité la Guemara à se demander comment il se fait qu’on ne demande pas d’abord autre chose. Dans Berakhot ce serait  « D’où sait-on qu’il faut réciter le Chema ? ». Dans Ta’anit la Guemara ne pose pas explicitement la question mais on pourrait de même se demander : « D’où sait-on que la pluie a un pouvoir ? ». L’autre question  serait « D’où sait-on que l’on doit  rappeler « les puissances (guevourot) de la pluie » ? »  Le Traité en 2A précise que l’on rappelle en trois occasions cette puissance : quand (et c’est dans la Amida) il est question de la résurrection des morts, quand  (et c’est également dans la Amida) il est question de la bénédiction des années, et dans la havddala quand il est question de l’Eternel « qui nous fait la faveur de nous donner de la connaissance ». Ceci répond aussi en partie à la question de ce qu’est la puissance de la pluie par association des idées. La Guemara précise encore plus explicitement en quoi la pluie peut être associée à l’idée de puissance (guevoura au pluriel). L’envoi de la pluie est associé à une grande chose par la succession des deux versets de Job 5,9-10. Le Talmud ajoute que cette puissance est au-delà de la compréhension des hommes.
  Finalement la Guemara explique pourquoi il y a une prière pour la pluie dans la Amida (prière debout), d’une façon qui précise ce qu’est entre autres la prière : la référence est deux versets qui se suivent du Deutéronome et que donc nous lions : 11, 13 et 14. Dans le premier verset il est question de la prière parce qu’il est question du service du cœur, et, dit le Talmud ici de façon très claire, le service du cœur c’est la prière, or dans le verset suivant il est question de la pluie que donnera l’Eternel. On en conclut qu’il y a un lien à trouver entre la prière et la pluie. Nous retrouverons plus loin cette référence au cœur dans une citation d’un psaume.
  Si nous en revenons alors à ce premier mot : « A partir de quand », nous voyons que la réponse est « à partir de la fête par excellence, à savoir soukkot (on ne mentionne ici cette fête que comme « la fête » : « ‘hag »). » Or cette fête est l’occasion de voir un de nos liens étroits avec la nature, comme liens « surnaturels » : en effet ce qui nous lie à la nature à quatre reprises est le jugement divin.
  Pour nous rappeler que tout est en ordre dans la Michna, la Talmud nous rappelle qu’il y a d’abord eu le traité Berakhot, puis le traité Roch Hachana (sur le premier jour de l’année) qui précède immédiatement et donc rend possible le traité ta’anit, notamment en ce qu’il ajoute (Michna de Roch Hachana 16A) : « en quatre occasions le monde est jugé, à Pessa’h au sujet des grains, à (Chemini) ‘atseret au sujet des fruits de l’arbre, à Roch hachana tout le monde passe devant Lui comme les enfants de Maron car il est dit (Psaume 33,15) « Celui qui rassemble leurs cœurs en les amenant à comprendre des choses sur toutes leurs actions », et lors de La fête (Soukkot) le monde est jugé sur les eaux ».Tout ce que le Traité ta’anit nous dit sur les jeûnes montre l’association entre le jugement de l’Eternel et sa bénédiction, notamment celle qui permet la pluie et donc empêche la misère, lorsque la pluie tombe à la saison des pluies. On pourrait même dire que le Traité montre que celui qui souffre est comme un homme qui jeûne et qui conduit l’Eternel à renouveler sa bénédiction (en donnant la pluie notamment). On voit aussi que le psaume confirme l’importance du cœur dans la prière. La prière, service du cœur, aide le cœur à se juger lui-même (c’est le sens étymologique du mot qui désigne la prière, « tefila » qui renvoie à « hitpalel »), et le jugement, notamment à soukkot, conduit à la bénédiction dont le symbole premier, est l’eau, sous la forme de la pluie, cette pluie qui va alimenter le mikvé et permettre le bain rituel et purficateur.

  Or au début du tout premier traité du Talmud, Berakhot, la réponse à « A partir de quand ? » était finalement : à partir du moment où les prêtres sortent du mikvé pour aller manger la terouma. Le cercle se referme ainsi et montre la solidarité des prières entre elles notamment de la Amida et du Chema.coirault-neuburger

La  pensée talmudique est une pensée de la question, et ce n'est certainement pas par hasard si le premier mot du Talmud est justement une question : Méématai : «A partir de quand ? »


Araméen

Page d'un manuscrit ancien du traité Sanhédrin,
écrit pour une part en hébreu et pour une autre en araméen


Le judéo-araméen de Babylone est une forme de moyen-araméen employée par les auteurs juifs en Babylonie entre le IVe siècle et le XIe siècle, où il disparut au profit de l'arabe. Il est le plus souvent identifié comme le langage du Talmud de Babylone, rédigé au VIIe siècle, et de la littérature gaonique, qui sont les produits culturels les plus importants du judaïsme babylonien. Les sources épigraphiques les plus importantes pour ce dialecte sont les centaines d'amulettes araméennes écrites en caractères hébraïques.

L'araméen du Talmud se révèle par ses caractéristiques être une langue de spécialistes, conçue pour l'étude et l'argumentation légale, comme le français de Jersey, plutôt qu'une langue maternelle utilisée au quotidien. Il continua à être utilisé dans ce but, alors que l'arabe s'était déjà depuis longtemps imposé comme une langue quotidienne. Il comporte une série de termes techniques de logique, comme tiyouvta (réfutation conclusive) ou teykou (point de controverse ne pouvant être décidé); ces termes sont encore en usage dans des écrits légaux juifs, même lorsque ceux-ci sont rédigés dans d'autres idiomes, et ont influencé l'hébreu moderne.

Étant la langue du Talmud, le judéo-araméen babylonien est encore pratiqué par ceux qui l'étudient, au même titre que le latin lors des humanités. L'instruction est cependant rarement systématique, et les étudiants sont supposés l'apprendre par eux-mêmes, avec l'aide de quelques repères indiquant des similarités et différences avec l'hébreu. Les romans de Chaim Potok (l'Elu et le Promis) relatent d'ailleurs le mauvais accueil fait à des interprétations basées sur la grammaire ou la philologie.fr.academic

 Rabbi Yohanan, le plus éminent scholarque palestinien de l'ère amoraïque, rappelle que l'araméen se retrouve dans les trois sections de la Bible, citant Genèse 31:47, Jérémie 10:11 et Daniel ch. 2 à l'appui. C'est probablement la même idée qui sous-tend l'enseignement de Rav, lorsqu'il dit qu'Adam, le premier homme, parlait araméen, et que cette langue n'est donc pas inférieure à l'hébreu d'un point de vue chronologique.
C'est cependant le même Rabbi Yohanan qui s'oppose à l'adoption exclusive de l'araméen pour la prière, en déclarant que « Celui qui récite ses prières en araméen, ne recevra aucune aide des anges en attendant ; car ils n'entendent rien à l'araméen. » 

Ceci n'a cependant pas empêché de lire le  Kaddish 









DE L'HÉBREU A L'ARAMÉEN





LES JUIFS DU RETOUR




A l'époque où le royaume judéen s'effaça devant la puissance babylonienne (-586), la langue hébraïque elle aussi dut céder à l'influence du chaldéen puis du persan. Non seulement le peuple s'en déshabitua peu à peu à mesure qu'il parlait la langue des autochtones, mais les érudits eux-mêmes qui continuaient pourtant à l'utiliser, ne serait-ce que pendant la lecture de la Torah, introduisirent des barbarismes dans le vocabulaire, dans les locutions et même dans la syntaxe grammaticale. Ce sont les aramaïsmes, qui furent introduits dans les livres écrits après le retour.



Comme souvent dans l'histoire des communautés juives durant l'exil, il y eut des formes d'assimilation culturelle qui touchèrent la langue, ce qui donna dans notre cas un langage judéo- perse.



Il semble malgré tout qu'il faille atténuer l'affirmation que les judéens auraient oublié totalement la langue ancestrale. En effet Néhémie (XIII. 24) nous apprend que ce furent les enfants issus de pères juifs et de mères non-juives qui ne savaient pas bien parler l'hébreu, et que près de la moitié s'exprimaient dans le langage maternel.




En ces temps là, je vis les Judéens qui avaient épousé les femmes d'Achdod, d'Ammon et de Moab. Et la moitié de leurs enfants parlaient la langue d'Achdod et ils ne savaient point parler le judéen.




Cela ne signifie donc pas que les Judéens du retour perdirent totalement l'usage de l'hébreu.


Les derniers prophètes Haggaï, Zacharie et Malachie continuèrent à parler au peuple en hébreu comme cela ressort de leurs textes. Malachie lui-même à la fin de son oracle : Souvenez-vous de la Torah de Moïse», qui signifie aussi n'oubliez pas l'hébreu ancestral.



Du temps de Néhémie, les sages récitèrent en présence de la communauté une longue supplique (Néhémie IX,5 à 37) afin d'exhorter le peuple à souscrire fidélité à la loi divine, or nous ne voyons pas qu'il ait été nécessaire de réinterprété cette prière. Certes nous apprenons par un autre passage (Néhémie VIII 8) que les lévites commentèrent et développèrent la parole de Dieu, mais développer n'est pas traduire.





LES JUIFS DE L'EXIL




Par contre à l'égard des juifs restés en Babylonie, et qui formaient le plus grand nombre, ils durent s'habituer peu à peu à la langue du pays et désapprendre la leur. Plus tard en émigrant par groupes successifs vers la Judée, ils contribuèrent sans doute à étendre de plus en plus l'usage de l'araméen au détriment de l'hébreu. N'oublions pas également de tenir compte de la situation économique et politique dans laquelle se trouvait le petit État placé sous la dépendance des rois perses, puis soumis quelques siècles après, à la domination des Syriens, qui parlaient comme on le sait aujourd'hui, un idiome araméen.




Toutefois, on ne saurait dire que la langue hébraïque, tant que dura le second Temple, fût absolument morte. Tout en se fragilisant de siècle en siècle, elle se conserva vivante, jusqu'après la chute de Jérusalem, chez une partie plus ou moins grande de la nation.




Le célèbre Rabbi Méir, qui vivait au second siècle après l'ère chrétienne promettait la félicité éternelle à tous ceux qui restaient domiciliés en Judée et qui parlaient la langue des prophètes . Ce qui souligne qu'en vérité si la langue était en danger, elle n'était pas encore hors d'usage.alliancefr.